
08 décembre 2025
Patrick BARBIER
Historien de la musique
« La musique au Portugal, du baroque au fado »
Intervenant

«La musique au Portugal, du Baroque au Fado »
Habitué de nos conférences et remplaçant « de luxe » au dernier moment (merci Élisabeth), Patrick Barbier nous entraîne dans un univers moins connu : celui de la musique au Portugal. Il nous propose un voyage musical à partir de 1700, avec deux compositeurs pour l’art baroque (Almeida et Seixas), un pour l’art romantique (Bomtempo), une artiste pour l’art nova du début du XXe siècle (Amália Rodrigues), et enfin deux artistes contemporains (Duarte et Mariza).
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Ce petit pays, riche sur le plan économique grâce à ses nombreux échanges avec le Nouveau Monde, accuse en 1700 un retard d’environ un siècle par rapport aux grands courants européens de la musique, notamment à l’époque de l’explosion baroque qui s’étend de Rome à la Flandre. Mais c’est sans compter sur le roi Jean V (1689–1750), dont le règne de 33 ans (1707–1750) est marqué par une mégalomanie qui le pousse à construire de nombreux édifices, dont le palais de Mafra. Il y invite Domenico Scarlatti, célèbre pour ses sonates pour clavecin. À la cour, Scarlatti initie les infants du Portugal, notamment Maria Barbara, future reine d’Espagne et grande interprète de ses sonates. Il devient aussi le maître du premier compositeur évoqué par notre conférencier, Almeida, qu’il envoie se former à Rome dans les domaines de la musique instrumentale, de l’opéra (profane) et de l’oratorio (sacré). C’est ainsi que naît La Giuditta de Francisco de Almeida, ainsi que le Te Deum de 1733, premier opéra écrit par un portugais.



Cependant, le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 bouleverse le pays…
Seixas, le deuxième compositeur de cette époque, reste toute sa vie au Portugal. Très prolifique, il laisse 770 œuvres, dont seulement 80 ont survécu à la catastrophe. Il crée notamment le premier concerto pour clavecin et orchestre, une première pour un compositeur portugais.
Le troisième compositeur couvre la période romantique : João Domingos Bomtempo, premier hautboïste de la cour en 1790, poursuit sa formation au Conservatoire de Paris, fondé la même année par les révolutionnaires en continuité avec l’École royale de chant de Marie-Antoinette. Après ce séjour en France, passionné par la musique germanique, il développe un répertoire symphonique au Portugal, s’inspirant des symphonies de Haydn avec le quatrième concerto pour piano et dans l’esprit de ceux de Beethoven. Il termine sa carrière comme professeur au premier conservatoire de Lisbonne.

Le quatrième compositeur, Francisco de Lacerda (1868–1931)
Le quatrième compositeur, Francisco de Lacerda (1868–1931), contemporain de Ravel et Debussy, né aux Açores, poursuit l’œuvre de son prédécesseur au conservatoire de Lisbonne, puis à Paris, où il se forme dans un milieu artistique très actif. Il étudie notamment avec Vincent d’Indy, qui lui enseigne la direction de chœur, et intègre la Schola Cantorum, où il explore un répertoire de musique sacrée comme ces contemporains, Francis Poulenc, Gabriel Fauré, Maurice Ravel et César Franck.
Son approche originale, dans une époque marquée par l’ethnomusicologie, le pousse à enregistrer, à l’aide d’un gramophone, des mélodies traditionnelles, à l’instar de Béla Bartók. Il intègre ces mélodies dans son répertoire classique. En 1921, il fonde l’Orchestre philharmonique de Lisbonne

Son œuvre ouvre la voie au fado (du latin fatum, « destin »), d’abord incarné par Amália Rodrigues, la « reine du fado » et « âme du Portugal ». Le fado exprime la saudade, cette nostalgie de ce que l’on a perdu ou de ce que l’on n’a jamais atteint, sans pour autant se réduire à la tristesse : il peut aussi être joyeux. Son décès en 1999 a été l’occasion de deux jours de deuil, avant d’entrer dans le panthéon portugais 2 ans plus tard

« C’est trop pour un si petit pays »

Pour finir, deux figures modernes illustrent cette tradition :
Duarte, l’étoile du fado, avec son solo de violoncelle ;
Mariza, l’icône du fado contemporain, reconnaissable à ses tenues noires et sobres, typiques des chanteuses de fado.

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Laurent LEMAITRE

